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École Vaudoise en déperdition

Le canton de Vaud est sur le point de refondre complètement la loi sur l’école obligatoire, datant du 12 juin 1984. L’avant-projet est en consultation publique depuis le 20 novembre 2009 jusqu’au 12 mars 2010. Cet avant-projet, défendu par la Conseillère d’État Anne-Catherine Lyon, met l’accent sur

"[...] l’excellence de la formation et l’égalité des chances pour tous."

Une des modifications majeures de cette réforme est la suppression des trois voies actuelles dans le secondaire inférieur, à savoir la VSB (voie secondaire baccalauréat, ceux qui se destinent à des études gymnasiales, voire universitaires), VSG (voie secondaire générale) et VSO (voie secondaire à options, voie la moins exigeante). Motif? L’égalité des chances pour tous. Bien que cette idée soit louable, elle ignore complètement les différences de compétences, de motivation et de projet professionnel des élèves. Enseignant moi-même les mathématiques dans les voies VSB et VSG, et l’option spécifique mathématiques-physique (OS MEP) en VSB, je me rends bien compte de la différence existant parmi les élèves. Certains élèves ont une réelle motivation pour ces disciplines, ceux que nous pourrions nommer "les matheux". Il y a ceux qui ont une certaine aisance dans ces disciplines, mais sans être des mordus de maths ou de physique, et enfin il y a ceux qui éprouvent de la difficulté. Dans cette dernière catégorie, il y a ceux qui pourtant apprécient les mathématiques sans toutefois y arriver, et il y a ceux pour qui cette branche est un calvaire.

Avec le système actuel, tous les élèves arrivant en 7e année (donc ayant environ 12 ans) sont répartis dans ces trois voies selon leurs résultats scolaires obtenus durant les deux années précédentes (cycle de transition, ou CYT, c’est-à-dire les 5e et 6e années de scolarité). Lors de cette orientation en fin de 6e année, les moyennes obtenues en français, en allemand et en mathématiques jouent un rôle capital dans la décision d’orientation, les autres branches ne jouant qu’un rôle secondaire permettant de trancher parmi les cas limites. Cela veut dire qu’un élève qui excelle par exemple dans les langues, mais qui peine en mathématiques, sera orienté en VSG, alors qu’un élève qui excelle dans les langues et en mathématiques, mais qui peine en histoire ou géographie, aura lui probablement le droit d’entrer en VSB puisqu’il est bon dans les branches principales. La nouvelle réforme scolaire veut supprimer ces inégalités de traitement et propose donc la disparition pure et simple de ces trois voies et préfère ainsi la création d’une voie unique jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire.

Certaines branches, à savoir le français et les mathématiques (puis, une année plus tard, les sciences et l’allemand), seront toutefois à niveaux: un niveau standard et un niveau élevé. Ainsi un élève qui n’éprouve de la peine qu’en mathématiques pourra suivre le niveau élevé en français, en allemand et en sciences tout en suivant le niveau standard en mathématiques. Cette idée est bonne, mais pourquoi la limiter à ces branches uniquement? Mes collègues d’anglais notamment, mais aussi d’histoire et de géographie, peuvent légitimement ne pas approuver ce choix, bien que ces branches n’aient pas joué un rôle significatif dans l’orientation des élèves en fin de 6e année, ce qui signifie que les classes sont probablement déjà très hétérogènes concernant les compétences de chacun dans ces disciplines. Arrive alors le point le plus critiqué par certains collègues, et moi en particulier: les options spécifiques, actuellement uniquement proposées aux élèves de VSB, seront ouvertes à tous les élèves. En soi, cela ne me dérange pas d’enseigner les bases de la physique à tous les élèves qui éprouvent de l’intérêt pour cette discipline. Ce qui me dérange, par contre, c’est d’avoir des classes complètement hétérogènes sous prétexte que chacun à droit à une égalité de traitement.

Ainsi, ce qui est considéré par l’avant-projet comme une égalité des chances pour tous devient pour moi une totale inégalité des chances vis-à-vis de ceux qui visent des études scientifiques supérieures, par exemple qui se prédestinent à entrer à l’EPFL. La raison? Elle est double. Tout d’abord, l’avant-projet prévoit de réduire de moitié(!) le temps hebdomadaire consacré aux options spécifiques, ce qui inévitablement implique une réduction proportionnelle du contenu de ces options et une réduction de l’entraînement des élèves au raisonnement et à la démarche scientifique. De plus, ces options étant ouvertes à tous, le niveau d’exigence ne pourra être maintenu. Des exemples concernant l’OS maths-physique? Comment utiliser les équations du 2e degré et les systèmes d’équations en physique alors que ces thèmes ne sont pas abordés par tous les élèves en mathématiques? Comment exiger une rigueur mathématique et un degré d’abstraction élevé alors que certains maîtrisent à peine les rudiments des mathématiques? Comment satisfaire l’appétit des matheux sachant qu’ils côtoient des élèves dont la motivation pour la physique est là, mais dont les compétences en mathématiques font défaut? Non seulement réduire la durée des options spécifiques représente une frustration pour les élèves éprouvant un réel intérêt pour ces disciplines, mais l’hétérogénéité ne pourra que niveler vers le bas les compétences des élèves et les exigences dans ces disciplines. Après la disparition des sections dans les années 80-90 (sections scientifique, latin-grec, économique, …), cette nouvelle réforme scolaire sonne le glas des options scientifiques qui représentent les derniers vestiges de ces sections.

Les élèves ont des intérêts, des projets et des compétences différents. C’est un fait. Défendre l’égalité des chances pour tous en gommant toute possibilité d’approfondir certains apprentissages est une ineptie! Certains élèves sont matheux, d’autres sont lettreux, d’autres encore sont manuels, etc… Ne pas respecter ces différences en leur permettant de consacrer du temps là où se trouvent leurs intérêts est une atteinte à leur égalité des chances. Comme je le disais plus haut, j’enseigne les mathématiques dans les deux voies VSB et VSG. Et bien que je suive un programme en 7e année à 95% identique dans ces deux voies, il y a une différence majeure à souligner: alors que les élèves de VSB n’ont que 4 heures de mathématiques hebdomadaires, les élèves de VSG ont 5 heures hebdomadaires pour effectuer le (quasi) même programme. Sur une année scolaire, cela représente l’équivalent de 36 heures de cours supplémentaires, soit 9 semaines de cours, ou 2 mois! C’est énorme! Mais la grande majorité des élèves de VSG ont besoin de ce temps supplémentaire pour acquérir les compétences attendues d’eux. Défendre la voie unique, c’est priver ces élèves de ce temps supplémentaire; c’est porter atteinte à leurs chances de maîtriser la matière. Et je ne parle que des branches que je connais. Je suppose que mes collègues de langues notamment peuvent défendre un point de vue similaire.

La véritable égalité des chances, c’est permettre à chacun de suivre son rythme pour atteindre des objectifs communs. La voie unique entrave cela, malgré son discours idéaliste (et parfois irréaliste) sur la différentiation et l’intégration. Certains élèves ont besoin de davantage de temps que d’autres, c’est un fait. Et pourquoi priver les élèves qui peuvent économiser du temps dans une discipline de suivre plus assidûment une autre discipline? Lisez par là: pourquoi priver les élèves de leur OS de 4 heures hebdomadaires alors qu’ils peuvent accomplir leurs cours de base (langues et mathématiques par exemple) en moins de temps?

Très concrètement, je propose que les élèves qui suivent le cours de maths élevé aient à disposition une OS maths-physique maintenue à 4 périodes par semaine, avec des objectifs maintenus à leur niveau actuel, et que les élèves suivant le cours de maths standard aient une OS maths-physique réduite à 2 heures hebdomadaires, avec des objectifs à leur niveau.

Puisqu’il ne sera pas possible d’aller aussi loin avec les élèves du cours de maths standard, certains thèmes de physique ne pourront pas être abordés du tout, ou devront être survolés de manière plus superficielle, ce qui nécessite également moins de temps. Ainsi, pour ces élèves, davantage de temps pourra être dégagé pour les apprentissages de base sans leur interdire l’accès à des disciplines comme la physique.

Et pour mes collègues de langues, et en particulier ceux de latin et d’italien, pourquoi ne pas utiliser une approche similaire? À savoir que les élèves souhaitant suivre l’une ou l’autre de ces 2 OS doivent suivre le cours d’allemand élevé, ce qui traduit une certaine aisance dans l’apprentissage des langues? Et dans l’hypothèse où le cours élevé sera de plus courte durée que le cours standard, le temps ainsi dégagé permettra également de maintenir la durée des OS à leur état actuel, sans bloquer l’accès à ces OS aux autres élèves, mais avec des objectifs moins élevés.

Madame la Conseillère d’État, je crois sincèrement qu’un avant-projet allant dans ce sens mettrait non seulement tous les acteurs de la profession d’accord, mais permettrait également à tous les élèves, qu’ils soient matheux, lettreux, manuels ou créatifs, de s’épanouir dans leurs apprentissages respectifs, tout en respectant le principe d’égalité des chances pour tous.

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Catégories:Uncategorized
  1. 21 mars 2010 à 5:59 | #1

    Je crois que les conditions d’enseignement se dégradent dangereusement et l’éductaion n’est plus une priorité que dans les discours politiques.

  1. Pas encore de rétrolien.

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